Le Monde - 21 avril 2009 - L’air que l’on respire

A l’intérieur, l’air que l’on respire est encore plus pollué

Peintures, colles, cosmétiques, désodorisants, produits ménagers, cigarettes, etc. : la liste des produits nocifs à l’intérieur d’une habitation est longue. Tant et si bien que l’air y est souvent plus pollué qu’à l’extérieur.

L’affaire n’est pas anecdotique : il est admis qu’une personne passe 80 % à 90 % de son temps sous un toit. “A la différence de la pollution de l’air extérieur, celle de l’air intérieur est restée plutôt méconnue”, assure André Cicolella, porte-parole du Réseau environnement santé. Il participait, durant le week-end du 18 avril, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhônes), à un congrès intitulé Un autre regard sur le cancer, organisé par l’association Ressource, fondée par le cancérologue Jean-Loup Mouysset.


Les plus exposés à la pollution intérieure sont, comme toujours, les plus fragiles : bébés, enfants, personnes sensibles et femmes enceintes - d’autant que la grossesse est une période pendant laquelle les femmes sortent moins. Tout le monde est touché : même dans les crèches, selon une étude menée par l’Association santé environnement France (ASEF), dévoilée fin mars.

Pour combattre ce problème, le ministère de la santé a présenté, samedi 18 avril, un Guide de la pollution de l’air intérieur, diffusé à deux millions d’exemplaires, et le deuxième Plan national santé environnement (PNSE2), qui devrait être présenté avant l’été, se penchera aussi sur la question.


Quels sont les risques ? “L’air que l’on respire à l’intérieur peut avoir des effets sur le confort et la santé, depuis la simple gêne (odeurs, somnolence, irritation des yeux et de la peau) jusqu’à l’aggravation ou le développement de pathologies, comme par exemple les allergies respiratoires”, souligne l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI). Sans parler de l’asthme, des manifestations inflammatoires, infectieuses, des problèmes cardio-vasculaires, ou neurologiques… Certains polluants, dont la concentration est parfois quinze fois supérieure à l’intérieur, sont des agents cancérogènes avérés ou probables.


L’”EFFET COCKTAIL”


Pas moins de 100 000 substances seraient utilisées industriellement dans l’Union européenne. Un certain nombre d’entre elles ont été évaluées cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR), dont le formaldéhyde, très présent dans les intérieurs (produits d’entretien, cosmétiques, etc.). Mais beaucoup de ces substances, que l’on trouve chez soi, ne sont pas évaluées.


“On a focalisé (les recherches) sur des polluants “classiques” comme le benzène et le formaldéhyde, mais l’enjeu est plus sur les substances de type perturbateurs endocriniens, qui généralement ne sont pas mesurées, alors qu’elles contaminent la quasi-totalité de la population, qu’il s’agisse du bisphénol A (BPA), des polybromés, des phtalates ou des pesticides”, prévient M. Cicolella.


Quelques exemples de pollutions parmi d’autres : la fumée d’une cigarette contient plus de 4 000 substances (benzène, monoxyde de carbone, ammoniac, etc.) ; les matériaux de construction des bâtiments peuvent émettre du radon ; les composés organiques volatils (COV), qui proviennent des appareils de chauffage, du mobilier ou des tissus d’ameublement (colles, teintures, peintures, plastiques), peuvent être cancérogènes ; les pesticides à usage domestique, utilisés comme protecteurs des bois, antimoustiques, etc. ; ou encore certains désodorisants, parfums d’intérieur, cosmétiques, etc., contiennent des polluants. L’”effet cocktail”, lorsque l’organisme accumule plusieurs produits chimiques qui, pris individuellement, sont inférieurs aux seuils autorisés, crée également des inquiétudes.


“En attendant les études, on doit trouver les moyens d’éliminer les expositions inutiles”, alerte le docteur Annie Sasco, directrice de l’équipe d’épidémiologie pour la prévention du cancer à l’université Bordeaux-II. “Il existe des alternatives saines aux produits dangereux : peintures sans solvants, meubles sans substances toxiques”, rappelle Anne Barre, présidente de la branche française de Women in Europe for a Common Future. Cette association a lancé les ateliers Nesting pour informer sur les sources de pollution de l’air intérieur. Elle mène une action de sensibilisation auprès du grand public et des collectivités locales, mais semble avoir du mal à trouver des financements.

LE FIGARO - 30 janvier 2009 : La pollution intérieure touche d’abord les enfants

Dix mille enfants de moins de 4 ans meurent chaque année dans les pays européens les moins riches des émanations de combustibles solides ou de tabac.

Réunis mercredi et jeudi à Luxembourg, les ministères de la Santé et de l’Environnement des pays européens ont décidé de renforcer les engagements qu’ils avaient pris en 2004 dans le cadre du Plan d’action pour l’environnement et la santé des enfants en Europe. À cette occasion, ils ont annoncé qu’ils entendaient réduire sensiblement la mortalité et la morbidité des enfants en améliorant la qualité de l’air intérieur.

«Les deux principaux problèmes sont le tabac et la pollution, explique le Dr Michal Krzyzanowski, conseiller régional du bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe. Ouvrir la fenêtre ne suffit pas à faire sortir la fumée. Et les enfants qui ont des parents fumeurs ont plus de risques que les autres.» On croit souvent à tort qu’aérer en ouvrant les fenêtres suffit à renouveler l’air vicié des intérieurs. «Mais il faut le faire aux heures les moins polluées, soit tard le soir ou la nuit, mais pas le matin», préconise Michal Krzyzanowski. La fumée de cigarettes cause également des problèmes respiratoires sévères tels que l’asthme.

Asthme et humidité

Dans la région européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), on estime que 10 000 enfants âgés de 0 à 4 ans meurent chaque année du fait de l’utilisation de combustibles solides dans les foyers. L’OMS relève également que 90 % d’entre eux vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Pour des soucis d’économie ou pour des raisons écologiques comme l’économie d’énergie, «les gens brûlent des déchets ou du bois dans des poêles rudimentaires ou mal entretenus à des fins de chauffage et de cuisson des aliments, au lieu d’utiliser des combustibles plus propres mais plus chers», déplore l’OMS.

Elle relève aussi que ces situations augmentent l’exposition au monoxyde de carbone ainsi que les risques d’incendie domestique. Pour les enfants les plus pauvres de l’Europe, le risque de mourir dans des incendies accidentels est d’ailleurs quasiment 40 fois plus élevé que pour les plus riches. En Inde, où les femmes utilisent chaque jour du bois pour faire la cuisine à l’intérieur de leur habitation, on estime que ces émanations reviennent à ce qu’elles inhaleraient si elles fumaient deux paquets de cigarettes quotidiennement.

Dans certains pays européens,l’OMS relève que 20 à 30 % des ménages ont des problèmes d’humidité, ce qui accroît le risque de troubles respiratoires de 50 %. Les enfants sont les plus vulnérables et les logements humides pourraient être à l’origine de 13 % de l’asthme des enfants dans les pays développés. Les cités d’habitations compactes ont des concentrations plus élevées de polluants de l’air intérieur, ce qui favorise l’humidité.

Pour essayer de réduire tous ces problèmes liés à la pollution environnementale, le bureau régional de l’OMS pour l’Europe a examiné des exemples d’interventions efficaces. Elles consistent notamment à adopter des normes de construction favorables à la santé, à donner des incitations financières pour l’adoption des méthodes de chauffage et de cuisson plus hygiéniques. D’autres mesures sont également préconisées comme l’entretien des poêles ou encore… l’abandon du tabac.

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