A l'intérieur, l'air que l'on respire est encore plus pollué

Peintures, colles, cosmétiques, désodorisants, produits ménagers, cigarettes, etc. : la liste des produits nocifs à l'intérieur d'une habitation est longue. Tant et si bien que l'air y est souvent plus pollué qu'à l'extérieur.

L'affaire n'est pas anecdotique : il est admis qu'une personne passe 80 % à 90 % de son temps sous un toit. "A la différence de la pollution de l'air extérieur, celle de l'air intérieur est restée plutôt méconnue", assure André Cicolella, porte-parole du Réseau environnement santé. Il participait, durant le week-end du 18 avril, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhônes), à un congrès intitulé Un autre regard sur le cancer, organisé par l'association Ressource, fondée par le cancérologue Jean-Loup Mouysset.


Les plus exposés à la pollution intérieure sont, comme toujours, les plus fragiles : bébés, enfants, personnes sensibles et femmes enceintes - d'autant que la grossesse est une période pendant laquelle les femmes sortent moins. Tout le monde est touché : même dans les crèches, selon une étude menée par l'Association santé environnement France (ASEF), dévoilée fin mars.

Pour combattre ce problème, le ministère de la santé a présenté, samedi 18 avril, un Guide de la pollution de l'air intérieur, diffusé à deux millions d'exemplaires, et le deuxième Plan national santé environnement (PNSE2), qui devrait être présenté avant l'été, se penchera aussi sur la question.


Quels sont les risques ? "L'air que l'on respire à l'intérieur peut avoir des effets sur le confort et la santé, depuis la simple gêne (odeurs, somnolence, irritation des yeux et de la peau) jusqu'à l'aggravation ou le développement de pathologies, comme par exemple les allergies respiratoires", souligne l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI). Sans parler de l'asthme, des manifestations inflammatoires, infectieuses, des problèmes cardio-vasculaires, ou neurologiques... Certains polluants, dont la concentration est parfois quinze fois supérieure à l'intérieur, sont des agents cancérogènes avérés ou probables.


L'"EFFET COCKTAIL"


Pas moins de 100 000 substances seraient utilisées industriellement dans l'Union européenne. Un certain nombre d'entre elles ont été évaluées cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR), dont le formaldéhyde, très présent dans les intérieurs (produits d'entretien, cosmétiques, etc.). Mais beaucoup de ces substances, que l'on trouve chez soi, ne sont pas évaluées.


"On a focalisé (les recherches) sur des polluants "classiques" comme le benzène et le formaldéhyde, mais l'enjeu est plus sur les substances de type perturbateurs endocriniens, qui généralement ne sont pas mesurées, alors qu'elles contaminent la quasi-totalité de la population, qu'il s'agisse du bisphénol A (BPA), des polybromés, des phtalates ou des pesticides", prévient M. Cicolella.


Quelques exemples de pollutions parmi d'autres : la fumée d'une cigarette contient plus de 4 000 substances (benzène, monoxyde de carbone, ammoniac, etc.) ; les matériaux de construction des bâtiments peuvent émettre du radon ; les composés organiques volatils (COV), qui proviennent des appareils de chauffage, du mobilier ou des tissus d'ameublement (colles, teintures, peintures, plastiques), peuvent être cancérogènes ; les pesticides à usage domestique, utilisés comme protecteurs des bois, antimoustiques, etc. ; ou encore certains désodorisants, parfums d'intérieur, cosmétiques, etc., contiennent des polluants. L'"effet cocktail", lorsque l'organisme accumule plusieurs produits chimiques qui, pris individuellement, sont inférieurs aux seuils autorisés, crée également des inquiétudes.


"En attendant les études, on doit trouver les moyens d'éliminer les expositions inutiles", alerte le docteur Annie Sasco, directrice de l'équipe d'épidémiologie pour la prévention du cancer à l'université Bordeaux-II. "Il existe des alternatives saines aux produits dangereux : peintures sans solvants, meubles sans substances toxiques", rappelle Anne Barre, présidente de la branche française de Women in Europe for a Common Future. Cette association a lancé les ateliers Nesting pour informer sur les sources de pollution de l'air intérieur. Elle mène une action de sensibilisation auprès du grand public et des collectivités locales, mais semble avoir du mal à trouver des financements.

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Posté le 29 avril 2009.